« Une culture de la bienveillance » – Comment les écoles peuvent alléger le stress du personnel enseignant cette année

Publié à l'origine dans EdWeek, cet article se penche sur les façons dont nous pouvons, à titre de leaders, influencer le climat et la culture de notre école.
Les écoles ont plus que jamais besoin d'une culture de la bienveillance.
Tout le monde est concerné : des chauffeurs d'autobus au personnel enseignant, en passant par le personnel administratif, les élèves et leurs familles. Nos communautés scolaires ont traversé beaucoup d'épreuves. Collectivement, nous sommes retournés au travail et à l'école, mais bien des membres du personnel enseignant reviennent en classe épuisés, désillusionnés et, dans certains cas, en épuisement professionnel.
Une étude récente de RAND révélait que près d'un enseignant sur quatre se disait susceptible de quitter son emploi d'ici la fin de l'année scolaire 2020–2021, comparativement à une moyenne d'un sur six avant la pandémie. Et un rapport conjoint de la National Association of Secondary School Principals (NASSP) et du Learning Policy Institute (LPI), publié plus tôt cette année, indiquait que 42 % des directions d'école sondées envisageaient de quitter leur poste — une hausse de 110 %.
L'année a été traumatisante, et elle l'est encore pour bien des gens. Beaucoup de nos élèves reviennent eux aussi à l'école après avoir vécu des traumatismes, la perte d'êtres chers et l'incertitude face à l'avenir.
Les écoles jouent un grand rôle lorsqu'il s'agit de créer des espaces où chaque personne sent qu'elle a sa place. La culture et le climat que l'on installe peuvent être soutenants et nourrir la bienveillance, ou au contraire priver les gens d'appui et faire monter le stress. Or, pour qu'un apprentissage véritable ait lieu, chacun doit se sentir en sécurité, en confiance et soutenu. Et les gestes que nous posons pour créer ce soutien peuvent aller du plus significatif au plus symbolique. Comme le soulignait l'article When Netflix Isn't Enough: Fostering True Recovery for Educators, beaucoup d'écoles s'engagent dans des démarches bien intentionnées, mais finalement boiteuses et purement symboliques.
« Le problème, ce n'est pas que des activités comme les échanges de cadeaux organisés et les 5 à 7 — ou même les séances de visionnement en rafale sur Netflix et les journées au spa que s'offrent les enseignantes et enseignants — soient mauvaises. C'est qu'aucune de ces pratiques ne permet une véritable récupération et que, par conséquent, elles ne mènent pas à des pratiques durables. »
Le même constat revenait dans un article récent d'EdWeek, Teachers Are Not OK, Even Though We Need Them to Be, qui invitait les gestionnaires à repenser leur façon d'aborder le bien-être du personnel enseignant.
Encourager le yoga ou la méditation ne peut pas compenser les problèmes systémiques qui causent le stress, affirment les spécialistes.
« On ne sort pas d'une pandémie à force de respirations profondes; on ne règle pas des classes surchargées en s'étirant; on ne vient pas à bout de problèmes structurels par des “comportements individuels” », affirme Chelsea Prax, directrice des programmes de santé et de bien-être des enfants à l'American Federation of Teachers. « Ce sont des stratégies d'adaptation efficaces, mais elles ne changent pas le problème. »
Les écoles qui n'ont créé qu'une culture de la bienveillance de surface peinent souvent à répondre aux besoins de l'ensemble de leur communauté. Les dîners offerts par le comité de parents, les chariots à café improvisés et les cartes-cadeaux — autant de pratiques adoptées par de nombreuses écoles et communautés pour témoigner leur reconnaissance au personnel enseignant — sont admirables, mais trop souvent insuffisants pour répondre à ses besoins. Les rencontres du matin, les journées thématiques et les rassemblements sont un bon début pour montrer aux élèves qu'on se soucie d'eux, mais il faudra les revoir avec un regard neuf, sachant que les besoins de bien des élèves ne trouveront pas réponse dans des solutions de surface. Devant l'ampleur de ces besoins, le moment est idéal pour reconnaître l'importance d'une culture de la bienveillance dans votre école et pour y investir.
Les cultures bienveillantes reposent d'abord sur des relations solides, qui se développent quand les leaders placent les besoins humains au premier plan. Ces leaders encouragent chaque personne à prendre soin de son propre bien-être et à comprendre l'effet positif, voire vertueux, que cela peut avoir sur les autres. Ils favorisent aussi le tissage de liens et réservent délibérément, dans un horaire scolaire chargé, du temps pour que les gens apprennent à se connaître. Enfin, ils établissent des attentes et créent des occasions pour que le personnel enseignant apprenne à connaître ses élèves, et ils prennent eux-mêmes le temps de connaître toutes les personnes de leur communauté.
Si les relations sont essentielles à une culture de la bienveillance, les directions d'école demeurent souvent le facteur d'influence le plus déterminant pour transformer une culture ou en créer une nouvelle. La direction a le pouvoir de donner le ton et d'établir de nouvelles façons de faire dans son école. Elle confère une crédibilité pédagogique à presque toute initiative qu'elle porte, si bien que la plupart des équipes-écoles y adhèrent.
Quand la bienveillance devient une priorité, qu'elle s'inscrit dans l'ADN de l'école et fait partie de sa culture, de belles choses se produisent. Investir dans une culture de la bienveillance améliore non seulement le bien-être du personnel, mais aussi les taux de rétention. Les statistiques sur la rétention et l'épuisement professionnel dans le milieu de l'éducation sont sombres. Et même si certains enjeux sont difficiles à régler en une seule année scolaire, investir dans les personnes pour leur montrer à quel point on tient à elles et on les apprécie peut avoir un effet immédiat. Dans le contexte actuel, ne pas manifester cette bienveillance risque au contraire d'aggraver le stress. Retenir le personnel et renforcer votre culture de la bienveillance profite à la réussite et au rendement des élèves, mais aussi à vos budgets. Remplacer un enseignant coûte cher : les chercheurs estiment que ces coûts atteignent jusqu'à 150 % du salaire de la personne qui part. Autrement dit, deux nouvelles embauches pourraient coûter au centre de services scolaire l'équivalent de trois départs.
Les cultures bienveillantes ont d'autres avantages : elles créent un sentiment d'appropriation chez toutes les personnes de la communauté scolaire et ouvrent un espace à l'innovation. Quand les gens ont leur mot à dire sur ce qu'ils font, qu'ils se sentent vus, entendus et valorisés, ils développent un sentiment d'appartenance et de responsabilité qui nourrit la positivité et l'enthousiasme. Un cercle vertueux d'énergie positive s'installe : de bonnes choses arrivent, les gens s'épanouissent et grandissent. Dans ce type de milieu, la confiance et la sécurité psychologique se développent, ce qui donne aux personnes l'assurance nécessaire pour prendre des risques, remettre en question les façons de penser et innover. Quand les écoles sont guidées par les besoins de leurs gens, et pas seulement par le programme d'études ou le plan d'amélioration, le bonheur au travail augmente, et l'engagement et les apprentissages des élèves montent en flèche.
Bâtir une culture de la bienveillance ne se fait pas du jour au lendemain. Cela demande des efforts et des gestes soutenus pour que le changement soit réel, mais c'est aussi quelque chose que vous pouvez commencer à influencer dès demain.
- Reconnaissez les personnes. Tout au long de l'année, mettez des gens en lumière et faites connaître qui ils sont, sur le plan personnel comme professionnel.
- Manifestez votre bienveillance. Ayez avec votre équipe des échanges qui ne portent pas sur les tâches. Demandez aux gens comment ils vont par les temps qui courent. Soyez sincère.
- Montrez le côté humain de votre leadership. Posez des questions, admettez votre vulnérabilité, écoutez activement. Prenez des nouvelles de votre équipe et demandez-lui ce qui allégerait son stress.
- Apprenez à adapter votre style de leadership. Les gens ne réagissent pas tous de la même manière aux différents styles, et savoir ajuster le vôtre peut avoir un grand effet sur votre équipe et sur la culture de votre école.
- Offrez de la formation et du perfectionnement professionnel. Investissez dans les compétences et les états d'esprit de chaque personne de votre école, et aidez-les à s'élargir.
- Comme le dit le proverbe : « Les bottines doivent suivre les babines. » Si vous investissez concrètement dans une culture de la bienveillance, votre personnel saura que vous êtes sérieux. Cela peut aller de plages horaires supplémentaires pour la collaboration à l'embauche de personnel de soutien, en passant par le perfectionnement professionnel. Votre budget est un document moral.
L'éducation est une entreprise profondément humaine, et l'apprentissage se construit sur les relations. Créer une culture de la bienveillance dans nos écoles est nécessaire dans les meilleures périodes, et impératif quand les temps sont durs.
Contenu connexe

Fondements théoriques de notre approche
La théorie derrière trois des cadres qui sous-tendent notre approche : les douze changements, le coaching transformationnel et le développement vertical.
Lire la suite
Donner du pouvoir d’agir aux leaders scolaires – la théorie du changement de BTS Spark
Comment les réseaux scolaires peuvent passer du commandement et du contrôle à l’autonomie des leaders et du personnel enseignant, au service des élèves.
Lire la suite
Les douze changements — Libérer les capacités des leaders en éducation
Quelques changements d’attitude sous-tendent les moments où les leaders évoluent le plus. Ce document explore les données et comment les susciter.
Lire la suite
Quatre grandes conversations de coaching pour les leaders scolaires
Des stratégies de coaching concrètes pour les quatre situations les plus courantes chez les leaders scolaires, tirées de notre livre.
Lire la suite
La Mindset Map de BTS Spark
Trente états d'esprit de leadership issus de décennies de recherche et de 150 000 conversations de coaching, répartis en quatre domaines.
Lire la suite
Ce n'est pas à propos de vous (et c'est une bonne nouvelle)
Une ancienne direction d'école explique pourquoi bâtir chaque allocution autour des priorités de l'auditoire, et non des siennes, fait passer le message.
Lire la suite
Le pouvoir du coaching : diriger le changement
Comment le coaching individuel transforme durablement la pratique des directions d'école, là où les programmes classiques n'y arrivent pas.
Lire la suite
Trouver le coach qui vous convient comme direction d'école
Comment choisir un coach en leadership quand on dirige une école : accréditation, heures de coaching, approche, alchimie, et pourquoi le secteur importe peu.
Lire la suite
Le coaching : quelques idées reçues à revoir
Six raisons que donnent les directions d'école pour éviter le coaching, du coût au temps, et pourquoi chacune mérite un second regard.
Lire la suite
Plaidoyer pour le Messy Leadership dans les écoles
Pourquoi les directions d'école devraient cesser de vouloir maîtriser l'incertitude, et les cinq états d'esprit MESSY pour bien diriger dans le changement.
Lire la suite
Le monde semble compliqué. Le temps est peut-être venu d'être plus humain
Les directions d'école sont à bout de souffle : montrer sa vulnérabilité et miser sur les relations est peut-être le changement le plus urgent.
Lire la suite
« Une culture de la bienveillance » – Comment les écoles peuvent alléger le stress du personnel enseignant cette année
Pourquoi les gestes symboliques ne suffisent pas, et comment bâtir une vraie culture de la bienveillance pour le personnel comme pour les élèves.
Lire la suite
La résilience compte autant pour le personnel enseignant que pour les élèves
La résilience est aussi essentielle au personnel enseignant et aux directions d'école qu'aux élèves, et voici les conditions qui aident à la bâtir.
Lire la suite