Le monde semble compliqué. Le temps est peut-être venu d'être plus humain

Les directions d'école sont à bout de souffle : montrer sa vulnérabilité et miser sur les relations est peut-être le changement le plus urgent.
August 10, 2023
Par
Sean Slade et Alyssa Gallagher
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Publié à l'origine dans EdWeek, cet article expose le besoin, pour les leaders, d'être plus humains – en tissant des relations, en faisant preuve d'empathie et en montrant leur vulnérabilité.

L'éducation est une entreprise profondément humaine. C'est un secteur et une fonction qui reposent sur les relations et sur les liens entre les personnes, et qui s'en nourrissent. Nous le savons depuis longtemps pour nos élèves, en mettant de l'avant les liens qui se créent entre pairs, mais aussi entre une enseignante ou un enseignant et sa classe. Nous cherchons à instaurer un climat scolaire positif et nous mettons en place des occasions pour que les élèves grandissent et travaillent ensemble dans toute l'école — du groupe-classe aux clubs, en passant par l'apprentissage entre pairs. Nous le savons aussi d'instinct. L'apprentissage se produit le plus souvent quand nos classes se sentent en sécurité, en lien et comprises. Nous enseignons le plus efficacement quand nous connaissons nos élèves, non seulement qui ils sont, mais comment ils apprennent, collaborent et réagissent.

Il en va de même — et cela paraît évident une fois dit — pour le personnel enseignant et les directions d'école. Les équipes travaillent mieux lorsqu'elles ont des collègues avec qui créer des liens, échanger, partager de l'empathie et apprendre. Et cela vaut tout autant pour les leaders des écoles et des centres de services scolaires.

Pourtant, pour une raison ou une autre, nous avons résisté à l'envie — ou au besoin — d'aider ces leaders à développer de telles relations. Nous avons entretenu le vieux dicton voulant qu'il faille séparer le personnel du professionnel. Nous avons ignoré, ou évité, le besoin qu'ont le personnel enseignant, et surtout les directions d'école, de montrer leur côté humain.

Nous croyons — et nos recherches le confirment — que c'est justement ce côté humain qui manque en ce moment, et que c'est de lui que nous avons le plus besoin.

« Merci, c'est la première fois de la semaine que je respire. »

Récemment, nous avons travaillé à distance avec un groupe de directions générales et de directions générales adjointes des quatre coins des États-Unis, sur l'utilisation de l'empathie pour améliorer les stratégies de communication et mieux entrer en relation avec les autres, surtout dans les situations exigeantes ou difficiles. À en juger par les réactions, ce n'était pas leur perfectionnement professionnel habituel. C'était moins axé sur les tâches et davantage centré sur l'humain. Pendant nos 60 minutes ensemble, nous avons partagé des stratégies et prévu des moments de réflexion ainsi que des salles de discussion en duo. À la fin de notre rencontre, nous avons invité ces leaders à nous confier une dernière pensée, un apprentissage ou un sentiment. Plusieurs ont exprimé leur gratitude, d'autres ont retenu une nouvelle stratégie; mais la réponse qui a résonné chez tout le monde est venue d'une direction générale qui a lancé, avec courage : « Merci, c'est la première fois de la semaine que je respire. » Cette rencontre avait lieu un jeudi après-midi. Étonnant ? Ou est-ce en train de devenir la norme pour des leaders scolaires qui éteignent constamment des feux et composent avec une liste de tâches sans fin ?

Le côté humain du leadership scolaire passe parfois inaperçu, alors qu'il est d'une importance capitale : il soutient la culture d'une école, voire de tout un réseau scolaire. Si on se trompe, les répercussions sont vastes. Si on vise juste, tout le monde y gagne. Or, d'après ce que nous entendons des leaders scolaires, il semble que nous ne visions pas juste. Voici un petit échantillon de leurs réflexions :

« Mon cerveau roule à 1 000 milles à l'heure, tout le temps. J'ai besoin de ralentir. »

« J'ai l'impression de devoir être tout pour tout le monde et, au bout du compte, quand je n'arrive pas à tout faire, j'ai le sentiment de laisser quelqu'un tomber. Je prends aussi en charge des choses que je ne devrais pas, parce que j'ai l'impression que ça préservera des relations auxquelles je tiens. »

Les leaders des écoles et des centres de services scolaires ont tendance à négliger leur propre développement du leadership et à réorienter les budgets vers leurs équipes. Et lorsqu'ils investissent dans un accompagnement personnel, l'expérience montre que celui-ci vise surtout à les soutenir dans la gestion quotidienne de leur école — et qu'il est souvent offert par d'autres leaders scolaires, généralement des directions d'école à la retraite plutôt que des coachs professionnels. Chez BTS Spark, nous avons accompagné plus de 16 000 leaders scolaires; nous en tirons un point de vue affirmé et des constats clairs sur les soutiens que les leaders réclament pour diriger plus efficacement.

Chaque fois que nous accompagnons un leader, nos coachs l'aident à définir un changement qu'il souhaite opérer dans son leadership. En analysant les données anonymisées de ces conversations de coaching, nous mettons au jour les changements et les formes de soutien dont les leaders ont réellement besoin. Ces données ne viennent pas des centres de services scolaires ni d'une directive gouvernementale : elles viennent directement des leaders scolaires. Elles sont personnelles et profondément humaines.

Tous les commentaires sont éclairants, mais un thème central se dégage, à tous les échelons du milieu de l'éducation : le besoin de ralentir, de faire une pause pour reprendre son souffle et de réfléchir à de meilleures façons d'accomplir le travail à faire, peut-être en déléguant certaines tâches ou, mieux encore, en donnant aux autres le pouvoir de résoudre les problèmes.

Ralentir et passer d'une orientation vers les tâches à une orientation vers les personnes

« Je suis habituellement la dernière sur ma liste de priorités, parce que j'ai l'impression de devoir prendre soin de tout le monde. J'ai le sentiment d'être le “ciment” de mon équipe. »

« Rien qu'en en parlant, je vois bien que j'en ai pris trop sur mes épaules. Je comprends maintenant que je peux être l'étincelle qui allume le changement, mais que je ne peux pas être celle qui entretient le feu en permanence. »

Ces dernières années, nos leaders ont assumé toujours plus de responsabilités, pour un nombre grandissant de personnes, de préoccupations et d'enjeux. Quand il a fallu prendre des décisions liées à la pandémie, c'est souvent aux directions d'école que la tâche est revenue. Quand des questions d'apprentissage et d'accessibilité ont été soulevées, ce sont elles qui ont déterminé les solutions. À chaque étape, à chaque mois des deux dernières années, un nombre croissant d'enjeux est retombé sur leurs épaules. Et pour tenir le coup — ou tenter de tenir le coup et de garder l'école fonctionnelle — elles ont évité de demander de l'aide et de laisser paraître la moindre incertitude. Une telle approche peut être admirable à court terme, mais elle est au fond boiteuse, autodestructrice et intenable.

Comme l'a montré notre recherche MESSY Leadership, le côté humain du leadership a souvent été la pièce manquante des équipes efficaces et des écoles qui ont bien traversé la pandémie. Celles et ceux qui ont montré leur côté humain, leurs inquiétudes et leurs vulnérabilités s'en sont mieux tirés, avec leurs équipes, au cours des deux dernières années. Ce faisant, ils ont permis à d'autres de prendre leur place et de grandir. Ils ont bâti des équipes plus fortes et plus compétentes en répartissant les rôles et les gestes de leadership. En misant sur leur côté humain, ils ont vu leur école et eux-mêmes s'épanouir. Notre côté humain — notre personnalité, nos goûts et nos aversions, nos réussites et nos échecs, nos forces et nos inquiétudes — est ce qui fait de nous ce que nous sommes, et il ne devrait pas être dissocié de notre moi professionnel.

Aux États-Unis, en novembre, les pensées et l'attention se tournent vers les célébrations et les retrouvailles. La fête de l'Action de grâce, en plus d'être un moment de gratitude, est l'occasion de renouer avec la famille, les amis et les voisins. Si elle est tant aimée, ce n'est pas pour les cadeaux (il n'y en a pas), mais pour les liens personnels qu'on y renouvelle, qu'on y renforce et qu'on y noue parfois pour la première fois. C'est un moment où l'on célèbre notre humanité et nos relations.

Alors que s'ouvre une période de plus en plus incertaine, notre besoin d'être en lien — à la maison comme au travail — est primordial. Il est temps que le personnel enseignant et les leaders scolaires sachent qu'ils ont la permission d'être humains.

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